mardi 30 janvier 2018

Un membre de l'Académie Pontificale pour la Vie :
Le terme « intrinsèquement mauvais » trop restrictif


Sommaire

Dans une réflexion sur Amoris Laetitia publiée sur le site de l'Académie, le théologien moral Allemand Gerhard Höver soutient que le terme ne tient pas compte de la complexité des différentes situations.



Par : Edward Pentin
Le 29 janvier 2018

SOURCE : National Catholic Register





Une réflexion sur Amoris Laetitia a été publiée sur le site de l'Académie Pontificale pour la Vie, dans lequel son auteur, un nouveau membre de l'Académie, propose que le terme « intrinsèquement mauvais » soit reconnu comme dépassé.

Faisant l’hypothèse sur la théologie morale d'Amoris Laetitia et le principe du Pape François selon lequel « le temps est plus grand que l'espace » évoqué dans son Exhortation apostolique 2013 Evangelii Gaudium, le Professeur Gerhard Höver affirme que les changements de perception, à savoir « l'espace et le temps », ont un effet sur des théologies spécifiques telles que la vision théologique du Mariage et de la Famille ».

Le Professeur de théologie morale à l'Université de Bonn, en Allemagne, utilise des écrits choisis de Saint Bonaventure et de Joseph Ratzinger / Benoît XVI pour soutenir — en citant Amoris Laetitia — pour contrer la pensée que tout est « noir et blanc », ce qui entraîne la fermeture du « chemin de la grâce et de la croissance ».

Il croit que le principe « le temps est plus grand que l'espace » se rapporte à une interaction entre les sphères éternelles et temporelles, prenant une « signification morale-théologique » qui « affecte l'enseignement précédent sur les « actions intrinsèquement mauvaises ».

« Ce n'est pas sans raison que certains ont demandé des éclaircissements sur ce point », ajoute-t-il en se référant au deuxième des cinq dubia qui demandait au Pape si, après Amoris Laetitia, il fallait encore considérer « l'existence de normes morales absolues qui interdisent des actes intrinsèquement mauvais et qui sont contraignantes sans exception ».

L'Église enseigne actuellement que les actes intrinsèquement mauvais sont toujours et partout mauvais et immoraux, indépendamment de l'intention ou des circonstances. C'est parce que, en partie, ils ne rapprochent pas de Dieu et empêchent le bien commun.

Mais Höver soutient que le terme « intrinsèquement mauvais » est trop restrictif car il ne tient pas compte d'une certaine « régularité » dans des situations « irrégulières » et qui pourraient être autorisées si l'on respecte le principe que « le temps est plus grand que l'espace ». Si même un seul élément est déficient, la conséquence en est la « désobéissance » et ( en ce sens ) aussi « l'irrégularité » » dit-il.

« Il semble que des raisons théologiques conduisent le Pape François à refuser de continuer à accepter cette restriction », poursuit Höver. « Cela ne remet nullement en cause la nécessité d'appeler par leur nom les oppositions et les irrégularités, surtout dans les cas d'injustice et d'iniquité vis-à-vis d'autres personnes. Mais le Pape considère que le chemin qui a été pris jusqu'ici était inadéquat pour faire face à la différence et à la complexité des situations dans lesquelles les gens se tiennent ou vivent ».

Un théologien moral s'exprimant sous le sceau de l'anonymat a exprimé son étonnement en disant que Höver « creusait dans des références obscures de la thèse de doctorat de Ratzinger sur Saint-Bonaventure, qui ne parle nulle part du mal intrinsèque ».

« Où sont les déclarations claires sur le sujet dans l'Encyclique sur l'enseignement moral de l'Église, Veritatis Splendor ? » a-t-il demandé, ajoutant que, même si la thèse de Höver était correcte mais qu'il « ne pouvait tout de même pas l’admettre, Höver plaçait la philosophie au-dessus de l'enseignement clair du Christ, de Saint Paul, de Saint Pierre et de toute la Tradition morale de l'Église, et pas seulement de Ratzinger lui-même qui admet que le mal intrinsèque existe.

Affaiblissement de la moralité

L'article de Höver est le dernier exemple d'une personne nommée par le Vatican qui soulève des questions sur l'enseignement de l'Église sur les actes intrinsèquement mauvais.

Dans une conférence le mois dernier, le nouveau membre de l'Académie et théologien moral, le Père Maurizio Chiodi, a partiellement justifié sa théorie de permettre la contraception artificielle dans certains cas parce que le Pape ne fait aucune « référence explicite » à la contraception comme intrinsèquement mauvaise et il ajoute que « ça aurait été très facile à faire étant donné Veritatis Splendor ».

Un autre nouveau membre de l'Académie Pontificale, le Père Jésuite Alain Thomasset, a déclaré ne pas croire à l'existence du terme.

Veritatis Splendor déclare que les actes intrinsèquement mauvais « n'admettent aucune exception légitime » et ne « laissent pas place, d'une manière moralement acceptable, à la « créativité »de toute détermination contraire.

L'Église enseigne que l'avortement, la contraception, les actes homosexuels, l'adultère et d'autres actions gravement pécheresses sont considérés comme « intrinsèquement mauvais ».

Rendre le terme obsolète peut donc changer radicalement l'enseignement moral de l'Église, selon le théologien moral anonyme interrogé, « portant atteinte à toute la notion de moralité ».

Ses préoccupations font écho à d’autres alors que l’Église marque les 25 ans de la publication de Veritatis Splendor et sa claire articulation de l'enseignement moral de l'Église sur les actes intrinsèquement mauvais ainsi que le 50e anniversaire de l'Encyclique Humanae Vitae de Paul VI et son interdiction de l'utilisation de la contraception artificielle, estimant que son utilisation est « intrinsèquement mauvaise ».

Un porte-parole de l'Archevêque Vincenzo Paglia, Président de l'Académie Pontificale pour la vie, a déclaré au National Catholic Register le 25 janvier que la position de Höver « ne correspond pas nécessairement à la position de l'Académie » et qu'il est normal que l'Académie publie des résumés des travaux publiés par les membres avec des liens vers leurs versions complètes. S'ils publient quelque chose avec lequel l'Académie est entièrement d'accord, ce porte-parole a dit qu'ils le faisaient savoir.

Mais permettre aux membres de l'Académie de publier des hypothèses comme celle de Höver qui défie la Doctrine morale de l'Église et l'enseignement des Papes précédents, est quelque chose de nouveau. Dans le passé, les nouveaux membres devaient signer une déclaration de fidélité aux enseignements pro-vie de l'Église, mais les nouvelles lois mises en place l'an dernier ont mis fin à cette exigence.

Dans une interview au National Catholic Register l'année dernière, l'Archevêque Paglia a assuré que les nouveaux statuts « exigent un engagement plus fort des membres envers l'enseignement pro-vie de l'Église » et qu'ils « promeuvent et défendent les principes de la valeur de la vie et la dignité de la personne, interprétée conformément au Magistère de l'Église ».

Mais l'été dernier, l'Archevêque a supervisé la sélection de nouveaux membres, y compris Höver, le Père Chiodi et le Père Thomasset, qui ont clairement des différences avec l'enseignement de l'Église sur le Mariage et la vie de famille.

Lorsqu'on lui a demandé si les dirigeants de l'Académie étaient au courant de leurs points de vue avant d’être sélectionnés, le porte-parole a déclaré au National Catholic Register : « Nous le savions » mais il a ajouté qu'il était important de leur fournir un « espace » conformément à la préférence du « Pape François » pour le dialogue et le débat par ceux qui ont des opinions divergentes ».

Il a été demandé à l'Archevêque Paglia de commenter comment ces membres de l'Académie reflètent une nouvelle exigence pour un « engagement plus fort » pour soutenir l'enseignement pro-vie de l'Église, mais il n'était pas disponible.