jeudi 11 janvier 2018

Le débat sur Amoris Laetitia :
Est-ce vraiment une question de confusion ?
( Partie I )



Par: Phil Lawler

Phil Lawler a été journaliste Catholique depuis plus de 30 ans. Il a édité plusieurs revues Catholiques et écrit huit livres. Fondateur de World Catholic News, il est le directeur des nouvelles et analyste en chef à CatholicCulture.org.

SOURCE : Catholic Culture
Le 11 janvier 2018


Les critiques d'Amoris Laetitia disent que c'est confus. Les défenseurs du document papal disent qu'il n'y a aucune raison pour une telle confusion. Cet état de choses est, je suis désolé de le dire, déroutant.

Prenant un recul par rapport au fond de cette controverse particulière, prenons quelques minutes pour examiner le style d'argumentation. Supposons que vous me faites une affirmation et que je vous dise qu’elle est confuse. Si vous voulez continuer la conversation, quelles sont vos options ?

  1. Vous pourriez essayer de m'expliquer votre affirmation. C'est la première réponse claire et évidente, n'est-ce pas ?

  2. Vous pourriez doucement ( ou pas si doucement, selon les circonstances ) suggérer que ma confusion est compréhensible parce que je ne suis pas assez intelligent pour comprendre votre affirmation. C'est une possibilité, je suppose. Mais si vous choisissez cette option, vous ne pouvez pas très bien prétendre être sensible et attentionné. Non plus — à moins que vous ne soyez prêt à faire des remarques encore plus insultantes au sujet de mon intelligence — ne pouvez-vous prétendre que votre affirmation est facile à comprendre. Dans ce cas, vous devriez peut-être envisager de la clarifier. ( Voir # 1 ci-dessus ).

  3. Vous pourriez remarquer que personne d'autre n'est confus. Mais ce n'est pas vraiment une réponse ; cela ne m'apporte pas plus de clarté. Quoi qu'il en soit, cette voie vous est fermée si beaucoup d'autres personnes ont déjà dit qu'elles sont aussi confuses par votre même affirmation.

  4. Vous pourriez insister sur le fait que l’affirmation elle-même est parfaitement claire. Mais encore une fois ce n'est pas vraiment une réponse. Et vous aurez de la difficulté à défendre cette position si d'autres personnes ont déclaré publiquement que votre affirmation étaye leurs points de vue alors que ces mêmes points de vue se contredisent clairement sur un point clé.

  5. Vous pourriez soulever le soupçon que je n'ai pas vraiment de difficulté à comprendre votre affirmation — qu'en prétendant être confus, je montre en fait que je suis contre votre affirmation. C'est une possibilité indéniable. Mais une fois que vous invoquez cette possibilité, notre discussion prend un ton très différent, moins amical. Vous faites un argument ad hominem ; vous remettez en question ma bonne foi.

  6. Mais voici ce que vous ne pouvez pas faire : vous ne pouvez pas m'ordonner d'arrêter d'être confus. Si vous avez autorité sur moi, vous pouvez avoir le droit de m’ordonner d’obéir à votre déclaration. Mais si je ne comprends pas cette déclaration, on ne peut pas s'attendre à ce que j'y obéisse.

Dans le débat Amoris Laetitia, l'option # 1 a été retirée de la table ; le Pape ne répondra apparemment pas aux dubia et il n'expliquera pas pourquoi il refuse de répondre. Les options 2, 3 et 4 sont disponibles, et toutes ont été essayées, mais elles ne sont pas convaincantes, pour les raisons citées ci-dessus.

En pratique, les partisans les plus virulents du document papal ont utilisé les options 4 et 5. Ils ont soutenu que les critiques d'Amoris Laetitia sont une dissimulation ; que les arguments contre le document sont en réalité des critiques envers le Saint-Père. Ensuite, ils ajoutent qu'une telle critique est inconvenante car tous les Catholiques ont l'obligation de respecter les enseignements d’autorité du Pontife romain. Notez que ce dernier argument s'applique uniquement si le premier est vrai. Je ne peux pas être obligé de suivre des instructions que je ne comprends pas. Ainsi, lorsque les partisans du Pape nous disent, en fait, de se taire et d'obéir, ils impliquent que nous comprenons réellement l'enseignement du Pape — ce qui est le point même de la dispute.

De plus, en utilisant cette étrange combinaison d'arguments, les défenseurs d'Amoris Laetitia ( ou, si vous préférez, les critiques des critiques du document ) transforment un débat sur le contenu de l'Exhortation apostolique en un débat sur la bonne foi de leur adversaires. De tels arguments ad hominem ne sont jamais attrayants, mais ils sont particulièrement malheureux lorsqu'ils sont utilisés contre des théologiens et des Princes de l'Église respectés. Les arguments ad hominem ne sont pas non plus convaincants puisque la confusion causée par Amoris Laetitia est maintenant si clairement illustrée et de notoriété publique. ( Voir # 3 et # 4 ci-dessus ). Quand un prélat applaudit le document qui dit X et qu’un autre applaudit le même document qui ne dit pas X, c'est confus — ou, au minimum, le fardeau de la preuve est sur ceux qui ne voient pas une contradiction.

Mais supposons, juste pour le bien de l'argumentation, que les partisans du Pape ont de bonnes raisons pour leurs soupçons. Supposons que les critiques d'Amoris Laetitia ne soient pas vraiment confus par le document, mais en désaccord avec son enseignement. Si tel était le cas, alors comment les Catholiques honnêtes et loyaux exprimeraient-ils leur désaccord avec le Saint-Père ? Encore une fois, je peux voir quelques possibilités :

  • Les critiques pourraient dire : « Je ne suis pas d'accord avec le Pape. Il a tort ; son argumentation contredit l'enseignement permanent de l'Église. Je n'accepterai pas son autorité ».

  • ils pourraient dire : « Je ne peux pas croire que le Saint-Père veut vraiment dire ce qu'il semble dire puisque son argumentation semble contredire l'enseignement précédent de l'Église. Je suis confus. J'aimerais qu'il clarifie son enseignement ».

Laquelle de ces deux approches montrerait le plus grand respect pour l’Office Pétrinien et le Magistère de l'enseignement ?

La question suivante — qui sera abordée dans mon prochain article : « Que peuvent faire les dirigeants de l'Église pour apaiser la confusion ? »






Voir la Partie 1 plus haut sur cette page

Le débat sur Amoris Laetitia :
Est-ce vraiment une question de confusion ?
( Partie II )



Par: Phil Lawler

SOURCE : Catholic Culture
Le 15 janvier 2018



La semaine dernière, dans cette colonne, j'ai soutenu qu'Amoris Laetitia a certainement causé de la confusion ( malgré les affirmations contraires ), et que le fait d'appeler la situation « confuse » devrait être reconnu comme un signe de respect pour l'autorité du Pape.

En terminant ce court essai, j'ai promis de porter mon attention à la question suivante à savoir comment les autres dirigeants de l'Église pouvaient apaiser la confusion. Voici :

Quelques Évêques du Kazakhstan ont ouvert la nouvelle année en déclarant que la confusion régnante répand, en pratique, « l’épidémie du divorce ». À la lumière de cette catastrophe pastorale, ils ont conclu que, dans leur rôle de Successeurs des Apôtres, ils n'étaient « pas autorisés à garder le silence ». Ils ont donc plaidé pour la clarté. Ils ont ajouté que la notion répandue que les Catholiques divorcés et remariés peuvent maintenant recevoir l'Eucharistie — une notion indéniablement rendue populaire par les retombées d'Amoris Laetitia, quoi que l'on puisse conclure que le texte en dit — est « étrangère à toute la Tradition de la Foi Catholique et Apostolique ».

Seule une poignée d'Évêques du monde ont rejoint leurs collègues Kazakhs dans cette déclaration publique. Pour cette question, seulement quatre Cardinaux ont signé les dubia, le plaidoyer public original pour une clarification papale. Pourquoi si peu de prélats se sont joints à cet appel nécessaire pour la fin de la confusion générale ?

Les manchettes du site Catholic World News annoncent aujourd'hui une déclaration de l'Archevêque Luigi Negri, l'un des rares prélats qui a signé le plaidoyer pour une clarification. L'Archevêque Italien indique qu'il est ouvert à la possibilité que certains Catholiques divorcés et remariés puissent recevoir l'Eucharistie dans certaines circonstances. Ce qu'il ne peut pas accepter, dit l'Archevêque, c'est l'incertitude actuelle. « Je suis contre la confusion » explique-t-il simplement. Comment quelqu'un qui est responsable de l'intégrité de l'enseignement de l'Église peut-il penser autrement ?

Dans des circonstances différentes, je pourrais conclure que le silence des Évêques du monde pourrait refléter la popularité générale du Pape François. Mais tout récemment, nous avons vu clairement que de nombreux Évêques manquent d'enthousiasme pour le pontificat actuel. Lorsque j'ai attiré l'attention sur cette évidence, j'ai eu peur de faire valoir mon point de vue d'une manière qui a frappé certains lecteurs de façon désinvolte et, pour cela, j’en suis désolé. Mais le point est important. Laissez-moi réessayer.

Dans le passé, les séminaristes qui voulaient servir comme servants à la Messe de Noël du Pape ont été invités à entrer leurs noms dans une loterie. Cette année, il n'y avait pas de loterie ; chaque séminariste qui a demandé une place à l'autel a été accepté. Peut-être que j'analyse trop cet incident, en sautant hâtivement à des conclusions injustifiées. Mais à moins que la nature humaine ne change brusquement, il est frappant que les jeunes gens qui s'entraînent pour le sacerdoce ne saisissent pas l'occasion d'être vus aux côtés du Pape. Qu'est-ce que ce fait nous dit ?

Premièrement, nous savons qu'en tant que groupe, les séminaristes qui étudient dans les différents collèges nationaux de Rome ( en général les candidats les plus prometteurs au sacerdoce ) ne sont pas aussi enthousiastes que leurs prédécesseurs ces dernières années de célébrer Noël avec le Pape. Ensuite, nous pouvons supposer sans risque que les séminaristes ne subissaient aucune pression pour se porter volontaires pour les rôles de servants, ce qui suggère à son tour que les directeurs des collèges nationaux étaient moins enthousiastes. Enfin — et surtout, en ce qui concerne mon argumentation actuelle — puisque les séminaristes prudents font habituellement ce qu’ils savent que leurs Évêques veulent qui soit fait, nous pouvons en déduire que ces jeunes hommes ne pensaient pas que leurs Évêques seraient ravis de les voir à côté du Pontife Romain. Il ne serait donc pas exagéré de conclure que beaucoup d'Évêques sont aussi peu enthousiastes.

Mais si les Évêques ont des réserves sur le Pape François, ne sont-ils pas aussi susceptibles d'avoir des réserves sur l'aspect le plus controversé de son pontificat ? Et s'ils ont de telles réserves, c'est-à-dire s'ils reconnaissent les dommages causés à la Foi par la confusion actuelle, pourquoi sont-ils silencieux ?

Ici, je soulève des questions qui ne permettent pas de réponses définitives. Alors permettez-moi de mettre fin à cet article, certes, spéculatif en rendant les questions explicites :

  • Ai-je tort de conclure que la pénurie de séminaristes intéressés à servir de servants témoigne d'un manque général d'enthousiasme à propos de ce pontificat, parmi les séminaristes du monde entier et vraisemblablement aussi parmi leurs Évêques ?

  • Si les Évêques du monde ne sont pas particulièrement heureux de ce pontificat, est-il déraisonnable de supposer que la confusion causée par Amoris Laetitia est l'une des raisons majeures de leur insatisfaction ?

  • Si beaucoup d'Évêques du monde sont troublés par la confusion, pourquoi ne pas se joindre à l'effort pour restaurer la clarté ?