jeudi 4 janvier 2018

Le Cardinal Brandmüller
sur la façon dont les dubia devraient être répondus




Rédigé par : Dr Maike Hickson

SOURCE : One Peter Five
Le 3 janvier 2018


Dans un nouvel entretien du 30 décembre avec Armin Schwibach, correspondant à Rome du site Internet Catholique Autrichien Kath.net, le Cardinal Allemand Walter Brandmüller — l'un des signataires des dubia portant sur le document du Pape François Amoris Laetitia — a répété les cinq questions des dubia qui ont été soumis au Pape il y a plus d'un an et continue à expliquer comment et, implicitement pourquoi, ils doivent être répondus conformément à l'enseignement moral de l'Église Catholique.

Le prélat Allemand résume les cinq dubia comme suit :

1.) Une personne qui est liée par un lien sacramentel existant et qui vit maintenant avec un nouveau partenaire dans une relation conjugale ( Amoris Laetitia, no 305, note de bas de page 351) peut-elle recevoir, dans certains cas, « l’Absolution et la Communion » ?

2.) Y a-t-il des commandements moraux absolus, respectivement des interdits, qui sont contraignants sans exception et en toutes circonstances ( comme le meurtre d'une personne innocente ) ?

3.) Est-il encore vrai que quelqu'un qui vit continuellement dans l'état d'adultère se trouve, objectivement, dans l'état de péché grave ?

4.) Y a-t-il dans la vie des situations qui atténuent la responsabilité morale à tel point qu'un acte immoral ( ici : l'adultère ) peut ainsi être moralement excusé, voire justifié ?

5.) Une décision personnelle de conscience peut-elle permettre des exceptions à l'interdiction absolue d'actes intrinsèquement immoraux ?

Brandmüller explique ensuite comment ces cinq questions doivent être résolues à la lumière de l'enseignement moral de l'Église :

« Comme vous le voyez, ces [ cinq ] questions concernent les fondements de la Foi et de l'enseignement moral [ de l'Église ]. Selon ces [ fondements ], les questions 1, 4 et 5 devraient être clairement répondu par « Non », et les questions 2 et 3 par « Oui » ».

L'observateur astucieux peut remarquer que les réponses aux dubia résumées et proposées par Brandmüller sont quelque peu différentes de celles qui circulent couramment dans le monde anglophone, qui sont souvent formulées avec les réponses : « Non, Oui, Oui, Oui, Oui ». Cette divergence n'est cependant qu'une question de formulation. Pour éviter toute confusion, une brève explication semble appropriée. Alors que, par exemple, dans notre propre analyse des cinq dubia, la question morale a été formulée de manière à répondre par l'affirmative aux points 4 et 5, Brandmüller pose les mêmes questions de base de telle sorte qu'elles doivent recevoir une réponse négative ; c’est-à-dire la dubia # 5 : « Est-ce que l'enseignement de l'Église selon lequel un appel à la conscience ne peut pas surmonter les normes morales absolues est-il toujours vrai ? » versus la dubia # 5 exprimée ainsi : « Une décision personnelle de conscience peut-elle permettre des exceptions à l'interdiction absolue des actes intrinsèquement immoraux ? » La réponse dans le premier cas serait « oui », la réponse dans la seconde serait« non », mais le même principe moral est énoncé dans les deux cas.

Ce n'est pas la première fois ces derniers mois que le Cardinal Brandmüller se prononce sur cette question. En octobre 2017, il a fait des remarques fortes concernant ceux qui prétendent qu'il pourrait y avoir des exceptions en ce qui concerne les adultères et leur possible accès aux sacrements

« Celui qui prétend que l'on peut entrer dans une nouvelle relation alors que sa propre femme légitime est encore en vie est excommunié parce que c'est un enseignement erroné, une hérésie. Quiconque fait une telle affirmation [ est excommunié ]. [...] Ainsi, si quelqu'un pense pouvoir contredire le Dogme défini par un Concile Général [ par exemple, le Concile de Trente ], alors c'est en effet très véhément. C'est exactement ce que l'on appelle une hérésie — et cela signifie l'exclusion de l'Église — parce qu'une telle personne a délaissé le fondement commun de la Foi ». [ Nous soulignons ]

Dans la nouvelle interview, Schwibach aborde également la question de l'éloge récent de Martin Luther tel qu'il a été exprimé par différents prélats à Rome. Pour le Cardinal Brandmüller, Martin Luther — tout en commençant par quelques inquiétudes et critiques raisonnables — finit par ne pas vouloir réformer l'Église, mais la changer. Cependant, « l'Église de Jésus-Christ peut et doit toujours devenir « différente », c'est-à-dire plus parfaite ». En citant un historien de l'Église Protestante, Franz Lau, Brandmüller montre que Luther voulait une « révolte radicale ». Luther désirait spécifiquement — comme il l’a lui-même exprimé dans son propre texte adressé à « La Noblesse de la Nation Allemande » — démolir trois murs. Comme l'explique le Cardinal Allemand :

« Pour lui [ Luther ], le premier rempart était le sacerdoce basé sur la sainte ordination ; le second était le Magistère de l'Église basé sur la mission donnée par Jésus-Christ ; le troisième était l'existence de la Papauté. Que ces trois « murs » aient une base biblique solide, n'intéressait pas le moine Augustin en colère. Maintenant qu'il a démoli tous ces trois murs, Luther voit que tout l'édifice de l'Église papale s'est effondré. Affirmer que cette destruction totale est une « œuvre du Saint-Esprit » est une affirmation tout à fait bizarre qui ne peut s'expliquer que par l'ignorance pure et simple des faits et des textes historiques — une ignorance plus qu'étonnante pour un évêque ». [ Nous soulignons ]

C’est une référence spécifique qui est faite ici à l'Évêque Nunzio Galantino qui avait récemment fait une telle déclaration erronée et avait louangé Martin Luther en octobre 2017. ( Galantino est le Secrétaire Général de la Conférence Épiscopale Italienne depuis décembre 2013 ).

À côté de ce débat sur le rôle de Martin Luther, le Cardinal Brandmüller discute également de la prétention actuelle que l'homme peut choisir son orientation sexuelle et peut la changer si désiré. Le prélat appelle une telle attitude une :

« révolte presque perverse contre l'ordre de la création, contre la nature de l'homme telle que voulue et créée par Dieu ». Il ajoute : « Agir contre elle [ la nature créée ] signifie l'autodestruction de l'homme. Ce serait une minimisation trompeuse ».

Brandmüller poursuit en disant :

« Il est en effet très inquiétant que la confusion idéologique va si loin que l'on pense pouvoir porter le subjectivisme à son extrême. Ce serait alors le « Non » à sa propre création et au Créateur. L’homme sur le trône de Dieu ! Une idée grotesque, absurde et apocalyptique ».

En discutant de la question de savoir si l'Église devrait approcher ceux qui sont à ses périphéries avec une attitude indulgente, en les laissant et en leur permettant de rester dans l'état où ils se trouvent, le Cardinal Brandmüller précise que « Jésus-Christ Lui-Même n'a pas prêché : « Restez où vous en êtes » ; Il a dit : « Convertissez-vous et croyez aux Évangiles ! » ». Le Cardinal Allemand, historien de l'Église et ancien président du Comité Pontifical des Sciences Historiques, critique ensuite le manque de zèle missionnaire de l'Église pour aider ces gens lorsqu'il dit :

« Que l'on s'épuise avec des luttes au sein de l'Église Catholique plutôt que d'être préoccupé par le salut éternel des nombreux [ à l’extérieur ], montre un manque choquant de vitalité spirituelle des Catholiques de nos jours ».

Laissant le lecteur avec quelques mots d'encouragement, le Cardinal ajoute : « Le Seigneur était et est encore dans la barque même s'Il semble dormir ».