vendredi 5 janvier 2018

L'Archevêque Émérite Negri explique pourquoi il a signé la Profession
affirmant l'enseignement de l'Église sur le Mariage




par : Diane Montagna

SOURCE : Life Site News
Le jeudi 4 janvier 2018 - 12:38 pm EST



ROME, le 4 janvier 2018 (Life Site News) — « Il y a confusion. Ça existe, et c'est sérieux. Aucune personne raisonnable ne peut le nier » a déclaré un signataire à la « Profession des Vérités Immuables sur le Mariage sacramentel ».

L'Archevêque Luigi Negri, qui a rejoint un ancien nonce Américain et trois Évêques Kazakhs en mettant son nom à la Profession, a expliqué aujourd'hui dans une interview à l'Agence Catholique Italienne La Nuova Bussola pourquoi il a signé la Profession.

Dans une conversation plus large sur la confusion actuelle dans l'Église, l'Archevêque Émérite de Ferrara-Comacchio, en Italie du Nord, a également déclaré que le Martin Luther qui a été présenté lors du 500e anniversaire de la Réforme Protestante n'existe pas et que nous besoin de travailler pour que « la splendeur de la Tradition » revienne et porte ses fruits dans la vie des Chrétiens.

Voici ci-dessous l'interview de l'Archevêque Negri traduite et publiée avec l'aimable autorisation de La Nuova Bussola.

Evêque Negri, qu'est-ce qui vous a amené à signer la Profession [ des trois Évêques Kazakhs ] ?

Face à la grave confusion dans l'Église concernant la question du Mariage, je crois qu'il est nécessaire de mettre de nouveau en avant la clarté de la position Traditionnelle. Il m'a semblé juste de signer parce que le contenu de la position du document est ce que j'ai largement présenté ces dernières années — pas seulement ces derniers mois — à chaque étape des efforts que j'ai consacrés au thème de la famille, de la vie, de la procréation et la responsabilité d'éduquer et de former les jeunes. Ce sont des questions d'une importance absolue que le monde Catholique dans son ensemble ne semble pas très conscient.

Certains diront que vous avez beaucoup trop parlé de la famille et de la vie ...

D’imaginer une Église sans un souci explicite, systématique et je dirais quotidien de la défense et de la promotion de la famille et de sa mission d'évangéliser et d'éduquer suggère une Église sérieusement et fortement conditionnée par une mentalité mondaine. Une telle mentalité, qui domine largement nos sociétés, soutient que toutes les questions « moralement sensibles », pour utiliser ce qui est devenu une expression communément utilisée, sont la responsabilité des institutions politiques et sociales en premier lieu parmi les États. En accord avec la Doctrine Sociale de l'Église, je considère que la question de la personne et le développement de son identité et de sa responsabilité dans le monde sont une tâche spécifique, principale et indispensable de l'Église.

Une bataille se livre entre la mentalité du monde — ce que le Pape François, dans les premiers mois de son pontificat, a appelé « la pensée unique dominante » — et l'idée Chrétienne de la vie et de l'existence. Si l'Église ne s'engage pas pleinement dans cette confrontation, elle finira par se réduire à une position d'auto-marginalisation substantielle de la vie sociale.

La Profession des trois Évêques Kazakhs a beaucoup parlé de la confusion actuelle dans l'Église. Vous l'avez aussi noté, et pourtant il y en a qui nient que cette confusion existe, et disent que c'est seulement une question de résistance à un chemin vers le renouveau de l'Église.

Il y a confusion. Ça existe, et c'est sérieux. Aucune personne raisonnable ne peut nier cela. Je me souviens des paroles puissantes mais terribles du Cardinal Caffarra, quelque temps avant sa mort, quand il a dit : « Une Église qui prête peu d'attention à la Doctrine n'est pas une Église plus pastorale mais une Église plus ignorante ». Cette ignorance engendre la confusion. Je cite encore le Cardinal Caffarra, qui a dit que « seul un aveugle peut nier qu'il y a une grande confusion dans l'Église ». Et je peux en témoigner d'après ce que j'ai vu surtout dans les derniers mois de mon épiscopat à Ferrara-Comacchio. Je parlais tous les jours avec de bons Chrétiens dont la conscience était remplie d'une grande déception et qui souffraient beaucoup. Je le dis très clairement : c'était une souffrance plus grande que celle de tant d'ecclésiastiques et de tant de mes frères Évêques. C'est la souffrance d'un peuple qui ne se sent plus soigné ou soutenu dans les exigences fondamentales de la vérité, de la bonté, de la beauté et de la justice qui constituent le coeur profond de l'homme et que seul le Mystère du Christ révèle et apporte d'une manière extraordinaire.

Je ne veux pas entrer dans la polémique avec personne, mais je ne peux pas omettre de dire que nous devons travailler pour que la splendeur de la Tradition redevienne une expérience pour le Peuple Chrétien et une proposition que le Peuple Chrétien fait à tous les hommes.

Parlant de confusion, une nouvelle controverse a surgi ces derniers jours avec des accusations d'erreurs doctrinales qui n'ont jamais été corrigées contre le Pape Benoît XVI et on parle encore de la « danse de Vatican II ».

Je ne veux pas me perdre dans des relectures rapides et idéologiques des moments fondateurs dans la vie de l'Église comme le Concile par exemple : c'était une expérience extraordinaire et complexe ... avec des aspects qui ne sont pas toujours clairs. Ou le grand et inoubliable magistère de Saint Jean-Paul II, et son engagement à re-proposer au monde la proclamation du Christ comme seule possibilité de Salut, et à proposer ainsi l'Église comme la sphère où l'on vit une vie renouvelée comme il le dirait. Ce sont des jalons d'un parcours qui a ensuite trouvé dans le grand magistère de Benoît XVI un point de synthèse, l'appel fort à cette continuité dans le passage de la réalité pré-conciliaire à la réalité du Concile et du post-concile : ce fut une formulation extraordinairement importante que l'Église vit encore.

Jean-Paul II et Benoît XVI ont élevé le magistère Catholique à un niveau d'ampleur extraordinaire. Il est absurde de détourner l'interprétation de ces grandes figures dans la vie de l'Église pour y rechercher son intérêt. Mais il est également absurde de comparer les pontificats de Jean-Paul II et de Benoît XVI avec le magistère du Pape François. Dans l'histoire de l'Église, chaque Pape a son rôle. Le rôle de François n'est certainement pas de re-proposer la plénitude et la largeur du message Chrétien mais d'en tirer certaines conséquences nécessaires sur les plans éthiques et sociaux.

Parlant de confusion, cette année a marqué le 500e anniversaire de la Réforme protestante. Dans l'Église, nous avons vu et entendu des choses franchement choquantes.

La confusion doctrinale et culturelle [ actuelle ] a certains aspects que les gens ayant du sens commun et une formation culturelle adéquate ont du mal à croire. Cette affaire concernant Luther est incroyable. Ce Luther dont on parle tellement n'existe pas. Ce Luther réformateur, ce Luther évangélique, ce Luther dont la présence était positive et bénéfique pour l'Église n'a aucune base historique et critique.

Ce n'est pas la même chose si, à l'heure d'une attaque sérieuse contre la Tradition religieuse en Occident, il est nécessaire que tous les hommes religieux comprennent que le moment est venu d'un nouvel effort commun. Bien sûr, nous devons travailler ensemble. Mais pour travailler ensemble, nous n'avons pas besoin d'édulcorer notre propre identité ou de penser que l'existence d'une identité est un obstacle à nos efforts. C'est tout le contraire : ceux qui entrent dans le dialogue religieux, dans le dialogue œcuménique, dans le dialogue avec la société avec leur propre identité précise apportent une contribution extrêmement importante. Vous ne pouvez pas collaborer et dialoguer lorsque vous commencez par la confusion. Vous dialoguez en commençant par l'identité, et l'identité Catholique, si elle est pleinement vécue, a une contribution unique et irremplaçable à apporter à la vie d'une société.