mercredi 31 janvier 2018

La nouvelle Académie pour la Vie et la Famille défend
l'enseignement moral traditionnel sur les questions de fin de vie




Rédigé par : Dr Maike Hickson

SOURCE : One Peter Five
Le 30 janvier 2018


Comme nous l'avons rapporté en octobre 2017, une nouvelle Académie Jean-Paul II pour la Vie humaine et la Famille (AJPVHF) a été fondée afin de poursuivre le travail éthique de l'Académie Pontificale pour la Vie (APV) ainsi que de l’Institut Jean Paul II d'Études sur le Mariage et la Famille, qui ont été profondément réformés récemment par le Pape François. Comme nous l'avons également signalé, en novembre de l'année dernière, l'Académie Pontificale pour la Vie a organisé une conférence au cours de laquelle les promoteurs de l'euthanasie ont été invités à prendre la parole.

Aujourd'hui, l'Académie moralement orthodoxe nouvellement fondée ( dont je suis honorée d'être membre du Conseil consultatif ), a publié sa première déclaration officielle ( Lien PDF en anglais ) qui examine de manière critique cette récente conférence de l’APV en novembre 2017, et qui réitère la saine Doctrine Catholique en ce qui concerne des questions telles que les soins palliatifs, les soins de fin de vie et l'euthanasie.

Parmi les membres du conseil d'administration de cette nouvelle Académie se trouvent le Professeur Josef Seifert (président), Christine Vollmer (vice-présidente), ainsi que le Professeur Roberto de Mattei, Mercedes Wilson, Thomas Ward, Philippe Schepens, Virginia Coda Nunziante, et John-Henry Westen. Plusieurs membres du nouveau Conseil d'Administration avaient été précédemment licenciés par le Pape François de l'Académie Pontificale pour la Vie. Le Professeur de Mattei lui-même a récemment discuté de questions similaires dans un article indépendant.

La déclaration intitulée : « Les commentaires de l’Académie Jean-Paul II pour la Vie humaine et la Famille concernant la réunion de l'Association Médicale Mondiale, Région Européenne, sur les questions de fin de vie, organisée par l'Académie Pontificale pour la Vie, les 16 et 17 novembre 2017, » commence par les mots suivants :

« L'Académie Jean-Paul II pour la Vie humaine et la Famille a suivi avec intérêt la récente rencontre de l'Association Médicale Mondiale, Région Européenne, sur les questions de fin de vie, organisée dans les locaux du Vatican, organisée par l'Académie Pontificale pour la Vie, les 16 et 17 novembre 2017. Beaucoup de Catholiques regardaient avec inquiétude une telle réunion, étant donné que plusieurs orateurs ont défendu la légalisation de « l' euthanasie » et le suicide assisté par un médecin. Selon les paroles de l'Archevêque Paglia, qui a accueilli l'événement, cette réunion devait se dérouler dans un esprit « académiquement neutre » en ce sens qu’elle serait menée comme une « recherche partagée d'un terrain d'entente sur lequel des opinions divergentes peuvent trouver des points d'accord sur la vérité de l'être humain » [1] ».

L'Académie Jean-Paul II pour la Vie humaine et la Famille se montre préoccupée par ce genre d'« approche neutre » quand elle dit :

« Dans ce qui suit, nous souhaitons exprimer quelques problèmes sérieux que nous voyons dans cette « approche neutre » de l’APV. Dans sa forme originale, fondée par Saint Jean-Paul II, l’APV demandait à ses membres de prêter serment à l’effet de toujours exprimer et défendre, selon leur profession respective ( y compris les écrits théoriques ), la valeur de chaque vie humaine, ainsi que la vérité de l'Évangile de la Vie et de l'enseignement de l'Église sur la vie humaine ».

Ce qui est important, c'est que la déclaration de la AJPVHF critique fortement le conférencier de la conférence APV qui était censé présenter la « perspective Catholique » :

« La présentation dont le thème était « La perspective Catholique », prononcée par Marie-Jo Thiel, a soulevé de sérieuses préoccupations pour les raisons suivantes :

(a) Son approbation apparente de la « sédation profonde et continue » à la demande ( déjà légale en France ) est extrêmement répréhensible. En effet, en premier lieu, la « sédation profonde et continue » peut être un euphémisme pour l'euthanasie active car les narcotiques peuvent provoquer un arrêt respiratoire si les limites du dosage maximal et le besoin d'intervalles ne sont pas observés. En outre, si, comme dans la plupart des cas de sédation terminale, on retire simultanément l'hydratation nutritionnelle, bien que celle-ci soit toujours bénéfique pour la préservation de la vie humaine, l'approbation de la « sédation profonde et continue ( terminale ) » constitue une approbation d’une euthanasie directe (et donc, de meurtre) ».

Comme on peut le voir dans ce court paragraphe, l’AJPVHF affiche son attention morale au danger d'utiliser des méthodes qui raccourciraient activement la vie d'une personne. Aujourd'hui, nous sommes confrontés à trop d'euphémismes qui masquent le fait que, dans de nombreux cas, dans la culture médicale d'aujourd'hui, une culture de la mort est promue plutôt qu'une culture de la vie. La question du retrait de la nutrition-hydratation est un aspect important, car une personne déshydratée finira par mourir et souffrira beaucoup dans le processus. Tant de personnes aux États-Unis ont maintenant eu à mourir de cette manière si cruellement. ( Comme le souligne l’AJPVHF dans la note de bas de page au dernier paragraphe, il y a cependant des cas où l'on ne peut pas ajouter plus de fluides au corps d'un mourant si cela augmente, par exemple, l'œdème. Il doit ainsi y avoir suffisamment de fluides pour être capable de garder les veines ouvertes ).

Dans ce qui suit, le document de l’AJPVHF aborde un large éventail de sujets liés à la conférence APV de novembre 2017, tels que :

  • Est-ce qu’un médecin peut s’objecter en conscience aux directives médicales ?

  • Sur l'Autorité morale (ou son absence) des sciences médicales

  • Sur les Droits d'un médecin avec une boussole éthique

  • L'importance d'un caractère universel et pérenne de l'éthique médicale

  • Est-ce que les soins palliatifs sont une alternative au suicide assisté et à l'euthanasie ?

Après un bref résumé des principaux sujets abordés lors de la conférence APV de novembre, la déclaration de l’AJPVHF continue :

« La dernière séance, la table ronde en plénière, a réuni cinq panélistes, dont trois ( Gilli, Héman, Wiesing ) sont favorables à l'euthanasie, ou du moins en ont appelé au « respect de l'autonomie » en matière de suicide assisté par un médecin.

Sur la base des présentations de la majorité des intervenants, il est évident que la réunion organisée par l’APV devrait nous faire réfléchir et susciter de profondes inquiétudes. Il est troublant que, juste au moment où les fidèles Catholiques ont besoin de directives claires et fermes pour résister aux tendances séculaires, le Saint-Siège a pu organiser une rencontre où les opinions, qui contredisent ouvertement l'enseignement Catholique, ont été traitées comme des opinions valables et même placées au même niveau que celles qui soutiennent l'enseignement de l'Église. À cet égard, il est également troublant que les vérités éthiques et théologiques centrales concernant la mort, l’agonie et la souffrance soient nettement sous-représentées ». [Nous soulignons]

Les auteurs du document présentent leurs objections en disant que « le matériel présenté lors de la rencontre pourrait facilement causer une grande confusion parmi les professionnels de la santé, les juristes et les politiciens, ainsi que parmi le clergé et les fidèles laïcs ».

Dans la suite, nous présenterons certaines des déclarations tranchantes et importantes faites dans le document de l’AJPVHF de plus de 20 pages, et invitons nos lecteurs à lire le texte dans son intégralité. C'est un document important pour nous tous, puisque nous avons tous ou que nous aurons tous des êtres chers qui sont soit âgés, malades ou qui souffrent d'une maladie chronique. Nous avons tous besoin de nous éduquer pour ne pas être dépassés par la « culture de la mort » médicale qui a été favorisée par un complexe pharmaceutique-politique-assurances depuis des années. Il est bon que nous nous préparions maintenant avant que nous nous trouvions au milieu d'une situation de santé difficile sans principes formatifs clairs à appliquer. Voici maintenant quelques points saillants de la déclaration :

  • « Chaque personne, en tant que sujet rationnel et libre, a accès à des vérités » naturelles « ( vérités qui peuvent être atteintes par l'usage de la raison [ l'intellect ] seule ), ainsi qu'à la capacité de recevoir la vérité religieuse révélée et de l'accepter dans la foi ; elle doit reconnaître ces vérités de la raison et de la Foi et les suivre dans ses actions, même quand l'autorité politique ou juridique, ou le consensus d'un groupe de médecins auquel elle appartient, les contredit. C'est le fondement même du droit à l'objection de conscience ».

  • « Aujourd'hui, l'euthanasie est, juridiquement, une option disponible dans de nombreux pays démocratiques. Saint Augustin a dit une fois que lorsque la démocratie est séparée de la vérité et de la justice, elle dégénère en une bande de bandits. Tel est le cas aujourd'hui où l'euthanasie est considérée comme acceptable simplement parce qu'elle est en accord avec la loi en vigueur et le respect de l'autonomie. En tant que tel, l'euthanasie équivaut cependant à un « meurtre consenti ».

  • « Dans les situations de fin de vie, le patient en question est une personne vulnérable. Invoquer le principe de « l'autonomie » pour permettre à une autre partie de lui prendre sa propre vie revient à ignorer les pressions indues subies par une personne pauvre pendant la période la plus faible, la plus triste et la plus effrayante de sa vie ».

  • « Ainsi, le vrai problème dans la promotion de l'euthanasie est en réalité ceci : l'homme est-il la mesure de tout ? Ou plutôt, l'homme est-il le serviteur de Dieu ? En tant que créature de Dieu, ce n'est pas la prérogative de l'homme d'imposer la mort aux autres ni de se l’imposer à lui-même, mais plutôt d'accepter la mort seulement quand elle vient de l'extérieur et quand elle est finalement envoyée par Dieu ».

  • « Aujourd'hui, les soins palliatifs ont quatre significations : les trois premiers se réfèrent aux soins positifs et bons alors que le quatrième correspond à des formes perverties de soi-disant soins qui, malheureusement, deviennent la pratique dominante dans de nombreux centres de soins palliatifs. [...] Les bons soins palliatifs comme soulagement de la douleur et comme soulagement du stress pour tous les patients, y compris les personnes gravement malades. Dans ce premier sens, les soins palliatifs font partie intégrante de la médecine en tout temps. [...] Les soins palliatifs destinés spécifiquement aux patients incurables ou en phase terminale ( soins de fin de vie et en centre de soins palliatifs ). Dans ce second sens, la médecine des soins palliatifs fait partie de la médecine depuis ses débuts et correspond à l'un des sept buts de la médecine ( les objectifs et les biens que la médecine doit servir ) : soulager la douleur et soigner les patients proches de la mort ou ceux dont la santé et la vie ne peuvent pas être préservées ou restaurées par la médecine. [...] Les soins palliatifs multidisciplinaires dans un esprit Chrétien. Ce type de soins médicaux a reçu le nom de « soins palliatifs ». [...] De même, ces « soins palliatifs » Chrétiens pluridisciplinaires n'ont, en tant que tel, rien à voir avec la « culture de la mort ». [...] La perversion et les formes perverses de « soins palliatifs » en contradiction avec la culture de la vie : « Les soins palliatifs » sont souvent et en de nombreux endroits devenus un instrument d'euthanasie manifeste ou dissimulée , ou au moins un pas distinct vers l'euthanasie. Agissant sous le couvert de « l'autonomie du patient » ou fixant des « objectifs de soins », les patients sont fortement encouragés à exécuter les directives anticipées qui autorisent la suspension du traitement médical et même de la nutrition et de l'hydratation.

  • « Dans le pire des cas, le patient est d'abord retiré de la nutrition et de l'hydratation prématurément malgré le fait que son corps bénéficie encore du soutien nutrition-hydratation. Puisque le patient éprouverait une douleur atroce causée par la famine et la déshydratation, la solution rapide est de le calmer fortement. En d'autres termes, le patient est endormi ».

  • « À ce stade, il vaut la peine de reproduire les clarifications de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi sur les questions de nutrition et d'hydratation, qui ne doivent jamais être refusées ou retirées, tant qu'elles servent et sont des conditions nécessaires à la vie ».

  • « En négligeant les soins médicaux de base, les « soins palliatifs » se transforment en une sorte d '« euthanasie par négligence » au lieu de servir la vie et la santé des patients ».

  • « Ainsi, comme indiqué dans un certain nombre d'études, la pratique actuelle de la médecine des soins palliatifs dans un nombre écrasant de cas va à l'encontre du devoir de la médecine de protéger et de préserver la vie humaine. En tant que tel, elle ne répond pas adéquatement à la dignité et au caractère précieux de chaque vie humaine ».

  • « D'un point de vue spirituel Chrétien, la pratique de la sédation terminale est également erronée, même quand elle n'a rien à voir avec l'euthanasie ou ne raccourcit pas la vie humaine, car, en enlevant la conscience, la sédation terminale prive les patients de la dignité de vivre d’une manière convenable et digne les derniers jours de leur vie terrestre à l'approche de la mort. Imposer une sédation profonde et terminale à des personnes humaines, avec l'intention qu'elles tombent dans l'inconscience jusqu'à la mort, afin de leur épargner l'angoisse et la douleur, n'est jamais permis ».

À la lumière de ces nombreux commentaires très utiles et de ces directives spécifiques, la déclaration de la AJPVHF met également en garde contre le danger que l'Académie Pontificale pour la Vie semble maintenant s'être retranchée dans ces groupes qui interprètent les soins palliatifs de manière contraire à l'éthique. La déclaration AJPVHF dit :

« Sur la base de leurs études minutieuses, il semble que la nouvelle APV [Académie Pontificale pour la Vie] court au moins le risque de servir le mouvement d'euthanasie plutôt que de défendre la vie humaine dans toutes ses étapes. La nouvelle APV est axée sur la mondialisation des soins palliatifs internationaux en travaillant avec l'Association Internationale pour les Soins Palliatifs (IAHPC) basée à Houston et avec l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ». [Nous soulignons]

L’AJPVHF se sent obligée de « rappeler à l’APV le fait bien connu que, comme l'OMS et l'IAHPC l'interprètent, la médecine palliative est souvent le véhicule choisi pour institutionnaliser les changements fondamentaux dans les soins de santé qui reflètent une nouvelle philosophie où la valeur humaine de la vie doit être jugée selon sa qualité plutôt que par son caractère sacré intrinsèque ».

A titre d'exemple de ce développement dangereux au sein de l'Académie Pontificale pour la Vie, la déclaration de la AJPVHF indique un événement à venir de l’APV en février 2018 qui traitera des soins palliatifs et s'intitulera : « Les soins palliatifs : partout et par tous ». Cet atelier peut être vu « comme un signal que les « Leaders de la Troisième Voie » qui sont membres de la nouvelle APV travaillent dans le sens de remodeler l’APV pour devenir secrètement un défenseur de l'euthanasie ». Concrètement, l’AJPVHF attire l'attention sur l'un des intervenants à cet événement :

La Docteure Kathy Foley, qui doit prendre la parole lors de la première séance de l'atelier portant sur « Les soins palliatifs améliorent la médecine », a dirigé le Projet sur la Mort aux États-Unis financé par Soros pendant neuf ans, dépensant plus de 45 millions de dollars pour préparer le terrain afin que les changements sociétaux se poursuivent pendant des décennies. La Docteure Foley ne croit apparemment pas que le suicide assisté par un médecin est intrinsèquement mauvais. [2]

La déclaration de l’AJPVHF garde à l'esprit la perspective Catholique sur le processus de la mort qui est le moment le plus important de la vie : le moment de la décision où notre âme va passer à l'éternité. La souffrance a un sens et une valeur profonde dans la Foi Catholique. Ainsi, l’AJPVHF a une réflexion finale mémorable et belle à nous offrir, également à la lumière de la critique précédente de la sédation profonde :

« N'aurait-il pas été blasphématoire si quelqu'un avait proposé d'administrer la sédation terminale à Jésus sur la Croix, comme si une mort sans douleur serait le plus grand bien, et l'immense valeur de notre rédemption qui exigeait une souffrance consciente et librement acceptée n’aurait aucune valeur ? [Nous soulignons]

Une partie du processus de la mort consiste à dire adieu aux êtres chers, à leur demander pardon pour les péchés et les erreurs du passé et, surtout, à recevoir le Sacrement de l'Extrême-Onction et le Viatique, si possible. Puissions-nous tous vivre et mourir surnaturellement vivants dans la Grâce sanctifiante.


REMARQUES :

[1] Voir https ://www.wma.net/wp-content/uploads/2017/05/Paglia-to-WMA.pdf

[2] Voir https ://www.publications.parliament.uk/pa/Id200405/Idselect/Idasdy/86/5012008.htm