dimanche 21 janvier 2018

Du Dr en Droit Canon, Edward N. Peters

Réflexions sur un mariage en avion







par : Dr. Edward N. Peters ( Droit Canon)
Le 18 janvier 2018


SOURCE : In The Light of The Law



Votez à main levée ! Qui veut qu’il pleuve sur tout le défilé sentimental qui se tient derrière ( voir vidéo ) la facilitation de l'amour conjugal par le Pape ? Quelqu’un ? Quelqu’un ?


Durée : 56 sec

Je ne pense pas. Tant pis.

Les lecteurs de ce blog savent que je ne suis pas un fan de la forme canonique du mariage ( cc 1108, 1117 ) — un remède qui a survécu à la maladie ( du mariage clandestin ) qu'il était censé traiter — mais la forme canonique reste encore une loi pour les Catholiques et cette loi porte sur la validité du mariage Catholique. Sur la base des rapports présentés ici ( en anglais) et ici ( en anglais) , je ne peux pas dire si le « mariage » que le Pape a organisé pour un couple crédule satisfait les exigences de l'Église sur le mariage ainsi que plusieurs autres lois ayant un impact sur la licéité du mariage qui semblent simplement avoir été négligées lors de cet événement. Comme cela s'est déjà produit à plusieurs reprises sous des administrations antérieures, un représentant du Service de Presse du Vatican nous assure que « tout était valide ». De telles affirmations de la part d'un officier des relations publiques non qualifié et non autorisé n’ont, bien entendu, aucun poids. De vraies questions dignes de vraies réponses sont encore soulevées par cet événement.

Avant d'entrer dans les détails, permettez-moi de dire que je suis désolé pour Paula Podest et Carlos Ciuffardi, deux agents de bord parfaitement agréables qui ont fait une visite de courtoisie au siège de leur invité vedette et tout de suite après ils apprennent que leurs noms, leurs visages et l'histoire de leur mariage sont diffusés dans le monde entier. Ils n'ont pas demandé un mariage et ont été étonnés quand le Pape François l'ait suggéré. Ce n'était pas leur idée.

Maintenant, à propos de la question elle-même.

Les Papes ont juridiction pour le for externe n'importe où sur terre ( cc 134, 331, 1108 ), ainsi François peut officier un mariage n'importe où, n'importe quand.

Mais officier à un mariage signifie quelque chose de spécifique : cela signifie demander et recevoir le consentement respectif des parties contractantes pour se marier l’un l’autre ( réf 1108 ) ici et maintenant. Par le rite du mariage, le consentement est demandé à chaque partie individuellement et doit être orienté pour épouser l'autre partie à ce moment ; la demande ne se pose pas comme une question conjointe au couple sur le fait de se marié, semblable à « voulez-vous tous deux vous marier ? », mais elle doit être plutôt énoncée «est-ce que vous l'épousez --- lui/elle ? » à ce moment-là. Si le consentement ( le cœur du mariage, réf 1057 ) n'est pas adéquatement demandé et reçu, il n'est pas échangé, et un tel couple ne serait pas marié ( et, Non, « Ecclesia supplet » ne peut pas compenser un échec dans ce qui est en réalité sacramentel — par opposition à la forme canonique ). Les comptes-rendus ci-dessus mentionnent, autant que je peux voir, que le Pape a seulement abordé le sujet du mariage en demandant au couple s'ils voulaient se marier, en plaçant leurs mains ensemble, en disant quelques mots inspirants au sujet du mariage et en les prononçant mari et femme. Mais une telle séquence décrit, pas du tout, un échange actuel de consentement par les parties. Espérons donc que, dans l'événement réel, beaucoup plus a été dit que ce qui a été rapporté.

Deuxièmement, la forme canonique exige deux témoins réels indépendants lors de l'échange de consentement, ce qui signifie que cinq personnes doivent être présentes immédiatement pour le mariage — pas les gens qui en ont entendu parler quelques minutes plus tard ou qui ont vu quelque chose se produire un peu plus loin là-bas ? — mais cinq personnes agissant ensemble et en même temps : une future mariée, un futur marié, un officiant, et deux autres témoins réels. Bien que les rapports ne soient pas clairs quant au nombre de personnes ayant assisté à cet événement et bien que cette photo montre quatre personnes ( plus un caméraman ? ) et quatre signatures sur un document, une autre photo montre cinq noms sur le document de mariage si bien qu’on peut le présumer (réf 1541) en conséquence.

Troisièmement, plusieurs canons ayant un impact sur la licéité des mariages ( les normes sur la « liceité » étant souvent considérées comme des règles de clin d'œil dans la vie de l'Église, en particulier lorsque les supérieurs hiérarchiques modélisent le clin d'œil ) ont apparemment été ignorés dans la situation et ça inclut : l’exigence d’une sérieuse préparation pastorale avant un mariage ( réf. 1063 ), l’administration du Sacrement de la Confirmation avant le mariage ( réf. 1065 ), l’exhortation à une Confession et à la Sainte Communion avant un mariage ( réf. 1065 ), la vérification qu'aucun obstacle à la validité ou à la licéité n'est en place ( c. 1066 ), l’obtention de la preuve de la liberté de se marier des contractants ( réf. 1068 ) sous peine d'agir illicitement sans elle ( réf. 1114 ), une attente que les mariages Catholiques soient célébrés dans une église paroissiale ( cc 1115, 1118 ) et en utilisant le trésor des livres liturgiques de l'Église pour la célébration du rite sacramentel ( réf. 1119 ).

Comme cette histoire résonne autour du monde, maintenant, des diacres, des prêtres et des Évêques qui essaient de respecter les normes de l'Église encourageant des valeurs telles que la préparation mûrement réfléchie du mariage, un contexte ecclésial pour un mariage Catholique et l'utilisation de textes établis et fiables pour exprimer son consentement, indubitablement, le mariage de Podest-Ciuffardi leur aura jeté au visage une preuve que, si le Pape François n'insiste pas sur ces niaiseries légalistes et se soucie seulement de savoir si deux personnes s'aiment, pourquoi ne le feraient-ils pas ? Le ministère du clergé consciencieux à cet égard est devenu plus difficile.

Comme mentionné ci-dessus, je serais heureux de voir l'exigence de la forme canonique pour le mariage éliminée, ceci, pour plusieurs raisons, dont l'une est — omettons cette longue histoire ici — que nous pourrions en fait exiger plus de la part des Catholiques qui veulent se marier devant notre clergé que nous pouvons actuellement en exiger. Mais l'exemple du Pape d'un mariage spontané et sans préparation n'est pas du tout ce que les autres et moi-même avons en tête. Ce couple a sans aucun doute porté plus d'attention à ce qu'ils ont fait en se mariant civilement devant un magistrat en 2010 qu'ils n'auraient pu le faire à ce que le Pape leur avait suggéré, à quelques secondes d'intervalle, en période de travail, au-dessus des montagnes des Andes.

Si je dois le dire, je le ferai : j'espère que Podest et Ciuffardi sont mariés et qu'ils vivront heureux pour toujours, mais je m'inquiète chaque fois que des décisions vitales sont prises à la minute près et dans des circonstances qui contribuent quelqu’un à être emporté par les événements.

Le Pape a estimé, apparemment plus d'une fois, que « la moitié de tous les mariages sacramentels sont nuls ». Espérons que Podest et Ciuffardi ont dépassé ces probabilités. + + +