dimanche 14 janvier 2018

De Mattei

Est-ce que la « sédation profonde » est
une forme de suicide assisté masquée ?



Par : Roberto de Mattei, vaticaniste
Le 10 janvier 2018
SOURCE : Rorate Caeli

Traduction de l'Italien vers l'Anglais :
Contributrice : Francesca Romana


Marina Ripa di Meana, la défenderesse provocatrice de la jet-set Italienne décédée à Rome le 6 janvier 2018, a choisi de mourir par une profonde sédation palliative, manifestant son testament dans une vidéo :

« Après Noël, mes conditions de santé ont précipité. Respirer, parler, manger et se lever : tout est maintenant difficile pour moi et me cause une douleur insupportable : la tumeur a maintenant pris possession complète de mon corps. Pas de mon esprit cependant, ni de ma conscience. J'ai téléphoné à Maria Antonietta Farina Coscioni, une personne que je crois et estime en raison de son histoire personnelle, pour lui dire que la fin était en effet arrivée. Je lui ai parlé de mon intérêt pour le suicide assisté en Suisse. Elle m'a dit que je pouvais suivre la voie Italienne du traitement palliatif par sédation profonde. Moi, qui ai voyagé avec mon esprit et mon corps toute ma vie, je ne connaissais pas cette approche. Je veux lancer ce message pour dire que même ici, à la maison ou à l'hôpital, avec une tumeur, les gens doivent savoir qu'ils peuvent choisir de retourner sur terre sans [ avoir à subir ] des souffrances ultérieures et inutiles. « Que cela soit connu. Faites le savoir » ».

Le choix de la sédation profonde a donc été suggéré à Marina Ripa di Meana par Maria Antonietta Coscioni, une parlementaire de gauche, fondatrice de l’Institut Luca Coscioni qui lutte depuis des années pour l'euthanasie et le suicide assisté. Entre les deux formes concernant la fin de vie, Coscioni elle-même a déclaré dans une interview à La Repubblica, il y a « une distinction précise ». Dans la sédation profonde « un médicament n'est pas administré pour causer la mort à un moment précis, ce qui dans le suicide assisté peut être chronométré. Le temps de la sédation profonde, d'autre part, dépend des conditions de la personne malade, qui passera ses dernières heures dans un profond sommeil ».

La déclaration de Maria Antonietta Coscioni insinue que le médicament administré au patient conduit à la mort, même si ce n'est pas sur une période de temps spécifique. C'est une forme de suicide assisté masquée, permis par le « Testament de vie » légalisé en Italie à la fin de décembre, selon lequel toute personne d'âge adulte, saine d'esprit et de volonté, peut manifester son choix de traitement, y compris le refus de nutrition et d'hydratation artificielle, à travers les dispositions stipulées en avance du traitement (DAT).

En réalité, note le professeur Renzo Puccetti, la sédation profonde est un terme non scientifique et dans le domaine de la médecine, la distinction entre la sédation palliative et la sédation euthanasique devrait être faite. La première est admissible par la morale Catholique puisqu'elle ne vise pas à euthanasier le malade, mais à supprimer la douleur. La seconde cause la mort du patient, soit directement par des sédatifs ou par l'interruption de mesures de sauvetage ( La nuova bussola quotidiana , 8 janvier 2018 ). Il y a donc une profonde ambiguïté dans ce concept qui rend le problème moins simple qu'il n'y paraît.

En premier lieu, nous devons clarifier que la sédation discutée n'est pas une thérapie temporaire pour soulager la douleur, mais une condition permanente, sans retour, qui est similaire à celle d'un coma irréversible. Ceux qui choisissent une sédation profonde effectuent un acte avec lequel ils choisissent d’éliminer irrévocablement la lumière de la raison et de la volonté, de se plonger dans un sommeil profond et définitif, ce qui est difficile à distinguer de la mort. Cependant, s'il n'est pas licite de prendre sa vie, sera-t-il licite de renoncer délibérément à l'exercice des facultés de l'âme, qui sont un bien immense reçu de Dieu ?

En Italie, le Comité National de Bioéthique ( CNB ), dans un document approuvé le 29 janvier e 2016, avec le titre Sédation Palliative Continue en Imminence de la Mort, affirme la légalité de la sédation profonde, car cela, contrairement à l'euthanasie, ne peut être retenu comme étant un acte visant à la mort. Mais le même comité a décrété que ce standard neurologique est cliniquement et éthiquement valide pour déterminer la mort de l'individu. ( Les critères de détermination de la mort ), ( 24 juin 2010 ), ou que la mort coïncide avec un état de coma irréversible similaire à celui produit par la sédation profonde et permanente.

L'hypocrisie évidente a été mise en lumière par un membre dissident du même comité, le Dr Carlo Flamigni :

« Eh bien, si je suis un malade qui traverse l'enfer à cause d'une maladie pour laquelle il n'y a aucun espoir de guérison, si je sais que ces souffrances continueront, suspendues par des périodes plus ou moins longues d'inconscience, si je m'endors, chaque fois que la morphine exerce son effet temporaire, terrorisé à l'idée que je me réveillerai déchiré par mes souffrances ; eh bien, si quelqu'un envisage l'hypothèse de la sédation palliative profonde continue et me la propose, ce que je comprends, c'est que l'on me propose la possibilité de choisir une « bonne mort » et je l'accepte heureusement, surpris si le pays a finalement légalisé l'euthanasie ».

Des considérations similaires ont été faites à la mort du Cardinal Maria Martini, qui, comme le rappelle sa nièce Giulia, a demandé à être sous sédatif. « Il avait peur, peur surtout de perdre le contrôle de son corps, de mourir étouffé (...). Avec la conscience partagée que le moment approchait, quand vous ne pouviez plus le supporter, vous avez demandé à être endormi. Alors une femme médecin, aux yeux limpides et clairs, experte en traitement qui accompagne [ les gens ] à la mort, vous a calmé ». ( Corriere della Sera , 4 septembre 2012 ).

Paolo Flores d'Arcais, au site Il Fatto Quotidiano de septembre 2012, a commenté l'épisode comme ceci :

« Carlo Maria Martini, résolu, a décidé, librement et complètement, le moment où il voulait perdre définitivement conscience et ne plus « faire l'expérience » de son agonie personnelle et de sa mort. C'est ce que la sédation signifie, en fait, rien de plus. Ne plus rien ressentir, ne plus rien souffrir, être « physiquement inconscient » (...). Être déjà, subjectivement, dans le sommeil éternel, le repos éternel, avec la fin irréversible de toute souffrance et agonie ». Eugenio Scalfari a noté :« Quand on est dans l'état dans lequel il était, la sédation est un euphémisme, cela signifie simplement se donner la mort sans douleur excessive en quelques heures. En substance, entre la sédation volontaire et l'extinction [ la machine de sauvetage ], il n'y a pas de différence ». ( La Repubblica, 26 septembre 2012 ).

Si l'industrie des greffes prospère selon la norme neurologique «mort cérébrale » dans les hospices de soins palliatifs, principalement aux États-Unis, l'industrie de l'euthanasie et du suicide assisté prospère [ aussi ]. Elizabeth Wickham, dans une étude documentée, a montré le soutien apporté par le Projet sur la mort en Amérique (PDIA) de George Soros au développement de traitements palliatifs qui en font un instrument efficace de la culture de la mort.

Pie XII a donné des indications morales claires sur la sédation, ou l’anesthésie générale ( Réponses à trois questions posées par la Société italienne d'anesthésiologie, le 24 Février 1957 ). Cela a été confirmé par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi ( Déclaration sur l’Euthanasie, le 5 mai 1980, au paragraphe III ), mais il ne faut pas se cacher derrière le voile de l'hypocrisie. La vérité est que les soins palliatifs sont aujourd'hui utilisés comme un véhicule d'euthanasie, surtout dans les pays où ils ne sont pas légalisés, sous prétexte de soulager les souffrances du malade. Le docteur Philippe Schepens, de l'Académie Jean-Paul II pour la Vie et la Famille, y réfère par ces paroles :

« Dire qu'une personne doit être inconsciente parce que sa douleur est insupportable est faux au stade actuel du progrès médical. Ce genre de « sédation totale » ne prive non seulement la personne de son droit d'être consciente et d’être capable de gérer elle-même sa fin de vie, mais est principalement mal utilisée pour la rendre privée premièrement de nourriture et ensuite de liquide afin de rendre le tout acceptable pour les parents. Cela ouvre la voie à l'euthanasie active ».

Les Ordres Hospitaliers Catholiques ont allégé les souffrances de l'humanité au cours des siècles, mais dans les hôpitaux des soi-disant « Incurables », la préoccupation dominante des religieux qui soignaient les malades était de les préparer spirituellement à la mort. Dans les « hospices » modernes, semblables souvent aux « centres de réconfort » pour les mourants, le souci suprême est de « ne pas les faire souffrir », en oubliant la valeur expiatoire et rédemptrice de la souffrance, qui n'est pas une atteinte à la dignité humaine mais la conséquence inaliénable du péché originel. Il n'y a pas de plus grande dignité que celle d'un homme qui affronte avec courage et patience la souffrance et la mort à l'image de Notre-Seigneur, Qui , comme l'évoque l'Évangile, après avoir goûté le vin mêlé de fiel qui Lui a été offert avant la Crucifixion pour atténuer ses souffrances, refuse de le boire ( Matthieu, 27, 34 ), car il voulait souffrir en pleine conscience, accomplissant ainsi ce qu'il avait dit à Pierre lors de son arrestation : « Le Calice ce que Mon Père M'a donné, ne le boirai-je pas ? » ( Jean 18, v , 11 ).